Retour à la vie en communauté
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- LE 11 janvier 2024

LA VIE EN COMMUNAUTÉ : UNE UTOPIE QUI TRAVERSE LES ÉPOQUES

🕰️ En 1903, dans les Ardennes, une communauté anarchiste s’est installée et a fondé une colonie libertaire dans une clairière. Cette histoire est retracée dans la bande dessinée l’Essai et illustre l’histoire vrai d’un modèle de société différent.

Ce modèle de vie en communauté est définit par un mot savant : Le Phalanstère. D’après le Larousse, il s’agit d’”un groupe de personnes vivant en communauté et ayant des activités et un but communs.”

🌈 Après les communautés hippie des années 70, ce modèle de vie a de nouveaux le vent en poupe. A une différence près : ceux qui franchissent le cap ne sont plus seulement des militants anarchistes de la première heure. La recherche de liberté, de grands espaces et le désir d’échapper à la solitude urbaine ont attiré de nouveaux adeptes.

Ce qui les rassemble ? Retisser un lien de solidarité et de vie sociale avec ceux qui vivent derrière la cloison de leur chambre.

Après quelques recherches, on découvre de multiples témoignages de personnes aux parcours similaires : des cadres supérieurs, souvent reconvertis, néo-ruraux pour la plupart qui ont cherché à fuir une réalité métro-boulot hors-sol, déconnectée de la réalité et du vivant.

La vie en communauté est alors l’utopie de bande d’amis qui souhaitent créer un lieu de vie à l’image de leurs valeurs, souvent marquées par des idéaux écologiques. 🌱 L’objectif est de se rapprocher de la nature et de vivre au rythme des saisons : cultiver le potager, entretenir le poulailler, …

Et c’est un phénomène qui prend de l’ampleur. D’après l’Insee, en 10 ans, il y a 123 000 habitants de moins dans la capitale par la faute du manque d’espace et de nature. Ces cadres qui franchissent le pas ont une situation financière confortable qui leur permet un accès aisé à d’anciennes fermes ou bâtisses à rénover. Idéal pour loger des dizaines de personnes et transformer leur rêve en réalité.

🥐 Mais, cette utopie est donc réservée à quelques privilégiés ?

“Non” si on en croit les expérimentations menées par le Croissant fertile où 9 personnes vivent en collectif. Dans le Perigord vert, sur un terrain de 10 hectares, ce collectif développe et teste les habitats réversibles, c’est à dire qui ne laissent pas d’empreinte sur le sol, pour un prix d’accession de 40 000€ !

Le projet part notamment des constats suivant : 4 millions de personnes souffrent de mal-logements en France, et chaque année entre 20 et 30 000 hectares de sols sont artificialisés en France, entrainant la destruction de la biodiversité et une augmentation de la pollution.

L’habitat réversible permet alors de construire des maisons décentes et peu couteuses, de repeupler les campagnes touchées par l’exode rural, de favoriser des modes de productions localisés. Leur dernière innovation ? La première maison réalisée entièrement en carton recyclé ! 🎵*”Ma maison est en carton, pirouette, cacahuète …”*🎵

💚 Une communauté, pour l’entraide et la solidarité

Il y a d’autres modèles auxquels on pense moins quand il s’agit du retour à la vie en communauté.

A Chevaigné, près de Rennes, Orane souhaitait, en fondant l’association Terre, créer un espace d’accueil qui permette à des personnes en situation de précarité de se reconstruire.

C’est en créant une communauté Emmaus qu’elle a réussi à créer des logements temporaires et/ou durables, mais surtout un espace stable et sécurisant pour les compagnons. L’association accompagne ainsi des personnes en situation de vulnérabilité, en gérant un lieu favorisant les rencontres et l’entraide, tout ayant une démarche écologique et durable. En effet, le modèle économique de la communauté repose sur la fabrication de briques en terres crues issues des déchets de matières des travaux de terrassement de la région.

La vulnérabilité et l’isolement peuvent aussi toucher nos ainés, comme elles peuvent toucher celles et ceux qui cherchent à se loger en métropoles.

Ce n’est pas moins pour ces raisons que par motivation pécuniaire, que de nouvelles formes de coloc’ voient le jour.

Nous avons recueilli le témoignage de Christelle, étudiante qui a vécu 9 mois avec Martine près de Caen. Elle vivait dans sa petite maison, une semaine sur quatre pour les besoins de son alternance, en occupant une des 3 chambres laissées par ses enfants devenus grands. Martine, est une jeune retraitée pleine de vie de 70 ans. Jeune retraitée mais avec un agenda de ministre, entre les asso, le théâtre, ses petits enfants, etc.. Ancienne bibliothécaire, elle a toujours une histoire à raconter aux élèves de l’école de commerce qu’elle héberge, à tel point, que tous les élèves la connaissent de nom.

Martine s’est aussi quelqu’un d’engagée qui a transmis ses bonnes habitudes, en plus de sa recette de fondant au chocolat, à Christelle qui depuis fait sa vaisselle avec une brosse et du savon solide :

“Je pense qu’elle m’a réappris que pour vivre on n’a pas besoin de grande chose. Dans sa petite maison on vivait jusqu’à 6 des fois. […] Elle m’a inspiré. Vivre heureux de façon sobre et avoir une ou plusieurs pièces disponibles pour les autres.”

    🎞️ Le film Problémos avec Blanche Gardin et Eric Judor est une représentation parodique de la vie en communauté. Mais il illustre bien les difficultés qui peuvent naître quand on partage son lieu de vie au quotidien. Le manque d’intimité et l’organisation des tâches quotidiennes peuvent parfois devenir des sujets d’agacement comme en témoigne Florence, jeune maman, dans un article du Monde, habitant depuis 2020 une communauté du sud-est de la France.

    A Vienne, même constat pour Barbara. Si c’est l’envie d’un mode de vie moins individualiste qui l’a poussée à la vie en communauté, aujourd’hui, c’est aussi l’envie d’avoir plus de temps pour elle qui la pousse à revenir à un logement individuel. Pourtant, c’est l’une des première habitante du « Wohnprojekt Wien » un habitat de co-living dans le centre-ville de Vienne qui rassemble environ 90 membres. Plusieurs générations et différentes cultures y apprennent le « vivre ensemble » et les adultes consacrent au minimum 11 heures par mois à la vie de cet immeuble.

    Un engagement à temps plein, qui demande de faire des concessions et d’accepter les frictions inévitables. Pour faciliter l’entente de toutes et tous, au Wohnprojekt Wien, des ateliers d’intelligence collective sont organisés et comme dans chaque communauté, une organisation sociétale se met en place, avec ici, une hiérarchie définie.

    🪁 A l’instar de l’Essai, la vie en communauté devient alors un laboratoire de société où l’on teste différentes formes de démocratie empreintes de sobriété et de solidarité de quoi s’inspirer pour nos villes de demain 🌳

    Cet article a été rédigé par Emeline, « A troqué le métro pour le vélo, grande chance de la croiser fourrée à la médiathèque ou au théâtre du coin !”